Je travaille en cautionnement depuis 2007. À l’époque, je ne me suis pas dit que j’entrais dans un milieu « masculin ». J’entrais surtout dans un domaine qui combinait finance, analyse, gestion du risque et relations humaines, exactement ce qui m’attirait. Ce n’est qu’avec le recul que j’ai pris conscience à quel point le cautionnement, étroitement lié au monde de la construction, était, et demeure encore, majoritairement dominé par des hommes.
J’ai grandi dans une famille de quatre filles, avec un père qui n’a jamais laissé entendre que le fait d’être une femme pouvait limiter nos ambitions ou nos capacités. Cette confiance m’a naturellement suivie dans mes études en finance, puis dans ma carrière. En arrivant en cautionnement, les différences se faisaient parfois sentir, mais sans jamais me faire douter de ma légitimité. J’ai appris assez tôt qu’il ne s’agissait pas de parler plus fort que les autres, mais de parler avec justesse, et d’oser intervenir lorsqu’on a quelque chose de pertinent à apporter.
Comme plusieurs femmes de ma génération, j’ai tenté, à mes débuts, de m’adapter à un environnement très « boys club ». Puis, assez rapidement, j’ai compris que ce qui fonctionnait le mieux pour moi, c’était l’authenticité. Assumer qui je suis, mon style, mes forces. C’est ce qui m’a permis de bâtir des relations solides, durables et crédibles dans l’industrie.
Dès le début de ma carrière, j’ai eu la chance de côtoyer des femmes qui avaient amorcé leur parcours à une époque où elles étaient encore beaucoup moins nombreuses. Leurs trajectoires m’ont montré qu’il était possible de faire sa place et de bâtir une carrière en cautionnement, même lorsqu’on est l’une des rares femmes dans la salle, et ce, peu importe notre style. Leur présence m’a aidée à me projeter et à comprendre que le chemin existait, même s’il n’était pas toujours évident.
Être une femme en cautionnement comporte aussi certains avantages. Dans certaines situations, être la seule femme dans une salle nous rend plus mémorable. Et dans un rôle où le développement des affaires et le réseau sont clés, cela peut faire une réelle différence. L’important, selon moi, est de demeurer professionnelle, crédible et cohérente, le reste suit.
Au fil des années, mon parcours m’a menée à m’impliquer activement dans le développement de l’industrie, notamment comme cofondatrice du Regroupement québécois du cautionnement.
J’ai également eu l’occasion de mettre sur pied et de développer de nouvelles équipes de cautionnement. Ces expériences m’ont confirmé une chose essentielle : une carrière ne se construit jamais seule. Derrière chaque opportunité importante, il y a souvent quelqu’un qui a pris le temps de faire un lien, de créer une occasion ou de reconnaître le potentiel d’une autre personne.
Il ne s’agit donc pas seulement d’encourager ou de soutenir les femmes et les candidates potentielles au sein de notre industrie et de notre entreprise, mais aussi de poser des gestes concrets : recommander des candidatures, donner de la visibilité, partager les parcours et souligner les réalisations de nos collègues, afin de créer des occasions pour qu’elles soient vues et entendues, comme c’est le cas ici avec le RQC au Féminin. Une de mes collègues a récemment dit que, pour elle, il est primordial de contribuer à rendre le chemin un peu moins abrupt pour celles qui suivront; c’est une conviction que je partage pleinement.
Selon moi, ceci ne repose pas uniquement sur les femmes. Favoriser un milieu plus inclusif est une responsabilité collective. Il est tout aussi important que nos collègues masculins soient conscients des biais, souvent involontaires, et participent activement à créer des environnements où chacun et chacune peut pleinement contribuer.
Si j’avais un conseil à donner aux femmes qui débutent en cautionnement, ce serait celui-ci :
prenez votre place, n’attendez pas qu’on vous la donne! Vous n’avez pas besoin de changer qui vous êtes pour réussir. Votre voix, votre point de vue et votre approche ont une valeur réelle. Et surtout, n’oubliez pas de tendre la main à celles qui viendront après vous. Parce qu’au final, ce sont souvent les gestes qu’on pose pour les autres qui ont l’impact le plus durable.
